Cheikh d’Al-Azhar souligne : « Dans la civilisation orientale, la famille est régie par des valeurs religieuses qui ne sauraient faire l’objet de manipulations, ni dans leur essence ni dans leurs composantes, et qui ne doivent pas être livrées aux dérives des coutumes et traditions. La Maison de la famille égyptienne est une expérience nationale pionnière qui a fermé la porte à la discorde et au sectarisme. Al-Azhar rejette le terme « minorités », car il porte atteinte à la pleine citoyenneté pleine et entière. »
L’envoyée européenne pour les droits de l’homme déclare : « Le rôle d’Al-Azhar est mondial et essentiel pour la protection des droits humains.
Nous sommes pleinement conscients de la nécessité de prendre en considération, dans l’approche des droits de l’homme, les valeurs religieuses, morales et sociétales.
Le Grand Imam, Pr Ahmed Al-Tayeb, Cheikh d’Al-Azhar, a reçu ce jeudi, à la Mashyakhat (le Siège du Grand imam) d’Al-Azhar, Mme Kasja Ollongren, envoyée spéciale de l’Union européenne pour les droits de l’homme, afin d’examiner les moyens de renforcer la coopération commune.
Le grand imam a précisé qu'Al-Azhar adope une position claire concernant la question des droits de l’homme, affirmant « Je fais partie de ceux qui estiment qu'un grand nombre de droits de l’homme font l’objet d’un consensus entre l’Orient et l’Occident, et que tous doivent œuvrer à les valoriser comme fondements essentiels des droits humains. Toutefois, certaines questions que l’Occident considère comme des droits ne le sont pas à nos yeux, car elles contredisent la nature humaine saine et se heurtent aux valeurs religieuses et morales, qui constituent les deux piliers fondamentaux et la référence reconnue des peuples d’Orient. »
Son Éminence a souligné l’attachement d’Al-Azhar aux droits et aux libertés, comme en témoigne la publication du Document d’Al-Azhar sur les libertés fondamentales, qui affirme que la dignité humaine est un droit inaliénable. Il a également insisté sur le rejet par les peuples d’Orient des tentatives visant à leur imposer le modèle occidental des droits de l’homme sous couvert de libertés. Il a appelé l’Occident à comprendre que ces questions sont étroitement liées à la personnalité de l’homme oriental, à son identité, à son histoire, à sa civilisation, ainsi qu'au système de valeurs et d’enseignements religieux qui en constituent le fondement premier.
Le Cheikh d’Al-Azhar a expliqué que, dans la civilisation orientale, la famille n’est pas envisagée comme un simple projet civil, mais qu’elle est régie par des règles religieuses rigoureusement établies et formulées avec précision afin d’empêcher toute manipulation de sa structure et de ses composantes, notamment pour préserver la place et la dignité de la femme et éviter qu’elle ne soit pas livrée aux dérives des coutumes, des traditions ou des évolutions modernes des sociétés.
Son Éminence a également souligné que l’agression contre Gaza a révélé une discrimination entre le droit à la vie de l’être humain oriental et celui de son homologue occidental. Il a indiqué que le fait de tuer plus de soixante-dix mille (70 000) personnes innocentes, dont le seul « crime » fut de vouloir vivre sur leur terre et de refuser d’en être déplacées, met en évidence la politique du deux poids, deux mesures adoptée par l’Occident. Il a insisté sur le fait que l’entité occupante n’aurait pas pu commettre de tels actes sans le soutien de certains systèmes politiques de certains pays occidentaux.
Son Éminence a affirmé :
« J’espère vivre assez longtemps pour voir l’Union européenne fonder son action sur un principe unique et incontestable, à savoir l’égalité entre l’être humain oriental et l’être humain occidental dans le droit à la vie, sans aucune distinction. Lorsque les droits de l’homme sont violés en Occident, des positions fermes et des lois strictes sont adoptées ; mais lorsque ces violations ont lieu en Orient, le regard et les lois changent, et l’on ferme les yeux sur les atteintes commises. »
Concernant la situation intérieure, le grand imam a indiqué qu'au début de la décennie passée, lorsque Al-Azhar a pris conscience de tentatives visant à attiser les tensions entre musulmans et chrétiens, l’institution a immédiatement pris l’initiative, en coopération avec les Églises égyptiennes, de créer la Maison de la famille égyptienne.
Cette initiative a permis d’éradiquer les différentes formes d’extrémisme et de discorde confessionnelle. Elle dispose aujourd’hui de branches et de bureaux dans de nombreux gouvernorats du pays. Le principe fondamental qui la régit est la reconnaissance d’une citoyenneté pleine et entière pour tous, sans distinction de religion.
Dans ce cadre, Al-Azhar a également réaffirmé son rejet du terme « minorités », en raison des perceptions négatives qu'il engendre en matière de droits et de libertés.
De son côté, Mme Kasja Ollongren, envoyée spéciale de l’Union européenne pour les droits de l’homme, a exprimé sa joie de rencontrer le cheikh d’Al-Azhar et a salué les efforts concrets déployés par son éminence en faveur de la diffusion d’une culture de paix, de fraternité, d’acceptation de l’autre et d’égalité entre tous. Elle a déclaré : « Nous sommes pleinement conscients du rôle de l’institution d’Al-Azhar et de l’importance vitale de son action pour la protection des droits humains et de la dignité humaine, non seulement en Égypte, mais dans le monde entier. »
L’envoyée spéciale de l’Union européenne pour les droits de l’homme a ajouté : « Nous cherchons à renforcer la coopération avec vous, convaincus du rôle des institutions religieuses. Nous partageons avec vous la conviction que les principes des droits de l’homme sur lesquels nous nous accordons sont plus nombreux que ceux qui nous divisent, et nous sommes pleinement conscients de la nécessité de prendre en compte les valeurs religieuses, morales et sociétales dans l’approche des droits de l’homme. »